On les confond souvent, et pourtant tout les oppose : le mas est une ferme, la bastide une maison de maître. Savoir reconnaître l’un de l’autre, c’est comprendre l’histoire de sa maison — et orienter sa restauration dans le bon sens. Voici comment les distinguer à coup sûr, de la toiture à l’implantation.
L’essentiel : ferme contre maison de maître
Le mas est à l’origine une grande ferme provençale, cœur d’un domaine agricole, pensée pour le travail : on y vivait, on y stockait les récoltes, on y logeait les bêtes. La bastide est une demeure bourgeoise ou noble, construite à partir du XVIIe siècle comme résidence de villégiature et de représentation. L’un est rustique et fonctionnel, l’autre ordonnancé et raffiné.
Le comparatif
| Critère | Mas | Bastide |
|---|---|---|
| Origine sociale | Paysans, exploitants agricoles | Bourgeoisie, noblesse |
| Fonction | Ferme : habitat + travail | Maison de maître, villégiature |
| Plan | Irrégulier, agrandi par ajouts (en L, en U) | Régulier, pensé dès l’origine |
| Façade | Ouvertures fonctionnelles, peu de symétrie | Symétrique, axe central marqué |
| Toiture | Deux pentes, tuiles canal, génoise | Souvent quatre pentes, plus « noble » |
| Implantation | En plaine, près des terres et de l’eau | Position dominante, jardins en terrasses |
La façade : le détail qui ne trompe pas
Regardez la composition. Un mas a des ouvertures placées selon les besoins : petites, voire quasi aveugles au nord pour se protéger du mistral, plus grandes au sud, mais sans alignement strict. Une bastide affiche au contraire une façade principale parfaitement ordonnancée : entrée centrale, fenêtres alignées à la verticale et à l’horizontale, symétrie assumée. Le mas répond à l’usage ; la bastide met en scène un statut social.
La toiture et la génoise
Le mas se couvre traditionnellement d’un toit à deux pentes douces en tuiles canal, souligné d’une génoise (un à trois rangs de tuiles retournées) qui protège le haut de la façade. La bastide adopte souvent un toit à quatre pentes, plus haut et plus prestigieux, avec une charpente soignée et parfois une génoise plus travaillée, en cohérence avec son image bourgeoise.
Les murs et les matériaux
Le mas a des murs épais en pierre locale (calcaire, galets de rivière), souvent laissée apparente ou enduite très sobrement : l’aspect est massif et rustique. La bastide est généralement enduite et peinte sur sa façade noble, dans les tons ocres, jaunes et rosés, avec des encadrements de fenêtres plus raffinés. Dans les deux cas, on retrouve le savoir-faire de la chaux et de la pierre de pays.
L’implantation dans le paysage
Le mas s’installe en plaine, au plus près des terres cultivées et d’un point d’eau, façade au sud et dos au mistral, l’accès tourné vers la cour de travail. La bastide, elle, se pose en position dominante pour voir et se montrer : allée plantée, portail, jardin d’agrément et terrasses, la partie agricole reléguée plus loin. L’un se cache dans ses champs, l’autre se donne à voir.
Et pour la rénovation ?
La distinction oriente le chantier. Restaurer un mas, c’est préserver son caractère rustique : pierre apparente, sobriété, volumes ajoutés au fil du temps — voyez notre guide pour restaurer un mas en Provence. Restaurer une bastide, c’est retrouver son ordonnancement et ses finitions soignées. Dans les deux cas, le respect des matériaux traditionnels et de l’architecture provençale fait toute la différence.
Questions fréquentes
Comment savoir si ma maison est un mas ou une bastide ?
Regardez la symétrie de la façade et le plan : un plan régulier et symétrique avec entrée centrale penche pour la bastide ; un plan irrégulier agrandi par ajouts, avec des ouvertures fonctionnelles, signe le mas.
Une bastide est-elle plus prestigieuse qu’un mas ?
Historiquement oui : la bastide était une demeure de maître. Aujourd’hui, mas comme bastides restaurés sont très recherchés ; c’est le caractère et l’état qui font la valeur.
Un mas peut-il devenir une bastide ?
Non : ce sont deux typologies distinctes. Un mas agrandi et embelli reste un mas. On restaure dans le respect de ce que la maison est, sans la travestir.
Mas ou bastide, la bonne restauration commence par écouter ce que la maison raconte : sa fonction d’origine se lit dans ses murs. La trahir, c’est lui faire perdre son âme.

Laisser un commentaire