Moins célébrées que le Luberon mais tout aussi rigoureuses sur le plan patrimonial, les Alpilles forment un massif calcaire compact entre Arles, Tarascon et Saint-Rémy-de-Provence. Les mas qui s’y accrochent présentent une architecture plus austère, dictée par un calcaire gris clair plus dur et plus cassant que l’ocre lubéronien, par des vents violents et par une garrigue dense qui a longtemps fourni le bois de chauffe et de charpente. Restaurer un mas dans les Alpilles, c’est travailler avec une matière ingrate mais noble, dans un cadre réglementaire parmi les plus contraignants de Provence.
Ce guide pratique couvre les spécificités constructives du bâti Alpilles, les obligations imposées par les ZPPAUP et AVAP des communes concernées, les exigences concrètes de l’ABF sur ce secteur, et les ressources pour constituer une équipe d’artisans qualifiés. Des fourchettes de budget 2026 permettent d’anticiper l’enveloppe financière avant tout dépôt de permis.
Caractéristiques du bâti Alpilles : une architecture minérale et austère
Le calcaire des Alpilles est extrait depuis l’Antiquité dans des carrières aujourd’hui en grande partie abandonnées sur les communes de Les Baux-de-Provence, d’Aureille et de Saint-Rémy. Sa teinte gris clair à blanc cassé, très différente des ocres lubéroniens, confère aux mas Alpilles un caractère minéral marqué. Les pierres de taille présentent souvent des traces de sciage à la scie à ruban ou à la scie à pans coupés, méthode ancienne qui laisse une surface striée reconnaissable.
Les murs sont épais — souvent 60 à 80 cm pour un rez-de-chaussée — avec des boutisses régulières tous les 60 à 80 cm en hauteur. Le fruit du mur est moins prononcé que dans le Luberon, mais toujours présent, surtout sur les élévations exposées au mistral. Les ouvertures sont étroites, les linteaux monolithiques en pierre de taille, les encadrements peu ornementés. Pas de décor exubérant : la beauté du mas Alpilles tient à la rigueur de son appareillage et à la qualité de son enduit de finition.
Les toitures traditionnelles sont en tuiles canal à pente comprise entre 30 et 40 %, sans aucun ornement de faitage. Les restanques de soutènement en pierre sèche qui étagent les oliveraies et les jardins maraîchers constituent un élément paysager indissociable du mas : leur restauration relève des mêmes règles que le bâti principal en zone classée.
ZPPAUP et AVAP : le cadre réglementaire commune par commune
Plusieurs communes des Alpilles sont dotées d’un dispositif de protection spécifique qui s’ajoute aux règles générales du PLU :
Saint-Rémy-de-Provence
La commune dispose d’une AVAP (Aire de Mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine) approuvée, qui couvre l’ensemble du centre ancien et une large frange périurbaine incluant de nombreux mas. Le règlement AVAP de Saint-Rémy prescrit notamment l’emploi de matériaux locaux, l’interdiction des isolants extérieurs sous enduit, et la conservation des appareillages de pierre apparente sur les bâtiments en bon état. Tout projet en zone AVAP doit recevoir l’accord de l’ABF avant délivrance du permis.
Les Baux-de-Provence
Les Baux constituent un Site Patrimonial Remarquable (SPR) avec Plan de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine (PVAP). C’est le cadre réglementaire le plus contraignant du secteur : chaque intervention sur le bâti, y compris le remplacement d’une porte ou d’un volet, nécessite une déclaration préalable soumise à l’accord de l’ABF. Le règlement exclut toute toiture en ardoise, toute façade en crépi taloché lisse, et tout châssis en aluminium naturel.
Maussane-les-Alpilles
La commune était dotée d’une ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager) qui a été en partie intégrée dans le PLU lors de sa révision. Les prescriptions persistent sur les zones A et N : enduits à la chaux NHL, tuiles canal, menuiseries bois. Renseignez-vous auprès de la mairie de Maussane pour connaître le classement exact de votre parcelle avant tout projet.
Exigences ABF dans les Alpilles : ce qui est imposé concrètement
L’Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine (UDAP) des Bouches-du-Rhône, basée à Marseille avec une permanence régulière à Arles, instruit les dossiers ABF pour les communes des Alpilles. Ses exigences sur ce secteur sont particulièrement précises :
- Pente de toiture minimale 30 % : toute surélévation ou reconstruction de toiture doit respecter cette pente minimale. Les toitures terrasses sont refusées sauf cas très exceptionnels dûment justifiés.
- Tuiles canal exclusivement : les tuiles mécaniques, ardoises naturelles ou synthétiques, et les toitures en zinc ou en bac acier sont refusées dans les périmètres ABF des Alpilles.
- Pas d’ardoises : même en réhabilitation d’un bâti secondaire (grange, remise), l’ardoise est systématiquement refusée dans le périmètre de 500 m des monuments historiques des Alpilles.
- Enduits chaux : le guide de la chaux naturelle pour enduit précise les types de liants acceptés (NHL 2, NHL 3,5, chaux aérienne pour finition) et les dosages cohérents avec le bâti calcaire gris des Alpilles.
- Menuiseries : bois peint en teinte sombre (gris ardoise, vert thym, anthracite), aluminium thermolaqué dans les teintes prescrites par le PVAP ou l’ABF. PVC exclu.
Pour les démarches ABF en détail et la constitution de votre dossier, le guide démarches ABF en Provence recense les pièces à fournir et les délais à anticiper selon le type d’autorisation.
Différences réglementaires Alpilles vs Luberon
Bien que les deux secteurs partagent une exigence forte sur les matériaux traditionnels, plusieurs différences pratiques méritent d’être connues :
- Couleurs de façade : le Luberon autorise des teintes ocre chaudes (nuancier PNRL), les Alpilles privilégient des tons froids (gris pierre, blanc cassé de Castillon) conformes au calcaire local.
- Pente minimale : 25 % toléré dans certaines zones du Luberon, 30 % minimum dans les Alpilles selon l’UDAP 13.
- Isolation thermique : en zone ABF Alpilles, l’isolation extérieure sous enduit est généralement refusée. Les solutions d’isolation par l’intérieur (ITI) sont la norme, avec les contraintes que cela implique sur la surface habitable et la gestion de la vapeur d’eau.
- Procédure : le PNRL Luberon dispose d’un guichet unique en lien avec le CAUE 84 ; pour les Alpilles (département 13), il faut contacter directement l’UDAP 13 à Marseille.
Artisans qualifiés Alpilles : comment constituer votre équipe
Le bassin d’artisans formés aux techniques patrimoniales dans les Alpilles est plus restreint que dans le Vaucluse. Voici les ressources à mobiliser :
- CAPEB 13 (Fédération des artisans du bâtiment des Bouches-du-Rhône, antenne Arles/Alpilles) : annuaire en ligne des entreprises qualifiées, filtrable par spécialité (maçonnerie traditionnelle, charpente bois, couverture tuiles).
- CAUE 13 (Marseille) : conseils gratuits et liste de professionnels recommandés pour les bâtiments anciens.
- Réseau ABF local : l’UDAP 13 peut informellement orienter vers des maçons ayant l’habitude de travailler sur des dossiers ABF dans le secteur Alpilles-Arles.
- Mairies de Saint-Rémy et des Baux : demandez une liste des entreprises ayant récemment travaillé en zone AVAP ou PVAP.
Vérifiez systématiquement la qualification Qualibat 2131 (restauration de bâtiments anciens) et demandez des références chantiers avec coordonnées de maîtres d’ouvrage joignables. Un artisan qui accepte de travailler sans diagnostic préalable du bâti est un signal d’alerte.
Budget indicatif 2026 pour un mas Alpilles
Les coûts dans les Alpilles sont légèrement supérieurs à ceux du Luberon en raison de la rareté des artisans spécialisés et de l’accessibilité parfois difficile des mas isolés dans le massif :
- Maçonnerie pierre calcaire grise (rejointement, reprise) : 380 à 580 €/m² selon désordres.
- Enduits chaux NHL sur calcaire gris (3 passes) : 50 à 80 €/m².
- Charpente chêne (fourniture + pose, fermes traditionnelles) : 200 à 300 €/m² de toiture.
- Couverture tuiles canal (récupération si possible) : 90 à 150 €/m².
- Menuiseries bois sur mesure : 2 000 à 4 000 € par baie selon dimensions et quincaillerie.
- Restanques de soutènement (réfection à l’identique, pierre sèche) : 200 à 350 €/m linéaire selon hauteur.
Pour un mas de 180 m² en rénovation extérieure complète en zone ABF Alpilles, prévoyez une enveloppe travaux de 150 000 à 280 000 euros, honoraires de maîtrise d’œuvre inclus. La durée d’instruction administrative en zone PVAP Les Baux peut allonger le planning de 4 à 6 mois par rapport à un projet hors périmètre.
Coût de la restauration dans les Alpilles : spécificités 2026
Les Alpilles sont couvertes par la directive paysagère des Alpilles (protection nationale), qui s’impose aux documents d’urbanisme locaux et prescrit une intégration paysagère stricte. Certaines communes restent en ZPPAUP : Saint-Rémy-de-Provence, Fontvieille, Maussane-les-Alpilles.
| Type de travaux Alpilles | Prix indicatif 2026 |
|---|---|
| Mur soutènement pierre sèche (restauration) | 350–650 €/m² de parement |
| Façade enduit chaux pigmentée (ABF) | 55–80 €/m² |
| Couverture tuiles canal | 150–220 €/m² |
Pour les murs en pierre sèche : les artisans certifiés CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) pierre sèche sont recommandés en zone patrimoniale. Contacts : réseau vallee-des-baux-alpilles.fr, CAUE 13 (Bouches-du-Rhône).
Comment valider votre projet de restauration dans les Alpilles
- Vérifier le document d’urbanisme communal (PLU ou SPR selon commune)
- Identifier si vous êtes en périmètre de la directive paysagère des Alpilles
- Consulter le CAUE 13 (conseil gratuit) pour lecture du PSMV/PVAP local
- Déposer déclaration préalable + dossier matériaux (chaux locale, pierre du site)
- Pour la pierre sèche : vérifier CQP ou formation reconnue (professionnels-pierre-seche.com)
Pour aller plus loin, consultez notre guide sur la pierre sèche dans le Luberon et le droit de l’urbanisme en Provence.

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